Bâtir sain, choisir des matériaux non allergisants, adopter une démarche écologique dans le respect des objectifs 2012 du Grenelle de l’environnement (moins de 50 kw/h au m2 par an de dépense énergétique globale) : telles sont les contraintes adoptées par les architectes, souvent très jeunes, qui présentent leurs réalisations durant les week-ends des 12-14 et des 19-21 juin, lors des Journées d’architectures à vivre.

Cette neuvième édition « portes ouvertes », très courue (18 000 visiteurs en 2008), permettra de découvrir dans toute la France 400 maisons et appartements privés, avec les propriétaires et les architectes qui les ont conçus. La sélection effectuée, sur les 600 projets soumis à l’équipe d’Eric Justman, directeur de la rédaction du magazine Architectures à vivre, organisateur de l’événement, « représente ce qui se fait de plus actuel en architecture contemporaine et en matière d’écologie » pour un particulier.

Pour preuve, cet incroyable cube de verre, acier, béton et bois, signé Pablo Katz, qu’on repère, entre des petits pavillons en meulière de l’est parisien, par son toit-terrasse ombragé d’un taud de bateau, équipé de panneaux solaires pour l’éclairage des 250 m2 distribués en quatre niveaux. « On a réalisé un projet délibérément abouti, choisi ce qui se fait de mieux en écologie et en domotique », dit le propriétaire, qui possède sa propre entreprise de communication.

« Il y avait ce terrain à vendre, on est tombés dessus, raconte-t-il. Un endroit magique, dans la Campagne à Paris (20e arrondissement). On voulait une maison de notre siècle, très ouverte sur l’extérieur, avec les formes et matériaux d’aujourd’hui. Une maison à vivre, une maison émotion, où circule la lumière, à la transparence verticale, horizontale. » La façade de verre court sans obstacle à l’intérieur de l’édifice. Les planchers de béton reposent sur les murs latéraux. Pas de portes ni de cloisons, mais des verticales redessinant les volumes.

Dès l’entrée, la technologie de pointe s’impose : pas de clé, mais la reconnaissance d’empreintes digitales et un écran tactile pour le contrôle de l’éclairage, de l’ouverture des stores selon l’intensité de la lumière, du plancher chauffant à basse température, de l’arrosage des murs végétaux et microjardins relié à une station météo, etc.

Au sous-sol, les machines et tableaux de commande sont en vitrine derrière des panneaux coulissants de verre laqué ivoire : chaudière à condensation solaire, ventilation motorisée contrôlée (VMC) qui récupère les calories de la maison, recycleur des eaux usées pour l’arrosage et les toilettes. Le panneau « vidéo-son » distribue dans les pièces, jusqu’aux salles de bains, musique et films, via Internet, le tuner ou l’iPod.

UNE MAISON SANS CHAUFFAGE

Ce qui frappe dans la plupart des réalisations présentées pendant ces Journées d’architectures à vivre, c’est le mariage de matériaux bruts, béton, bois, acier et aluminium, comme la marque d’une modernité écolo. La fluidité de l’espace, élément majeur, associé aux baies vitrées, efface les limites intérieur-extérieur.

Les portes s’escamotent, coulissent, comme chez la designer finlandaise Johanna Gullichsen, qui vit à Paris depuis dix-huit ans et dont les 90 m2 sous les toits, signés Pekka Littow, sont nés de la réunion de deux studios achetés en 2008, à deux pas du parc Montsouris : « Quand je suis arrivée, la seule belle chose était la vue sur les toits de zinc délavés. On a dénudé le béton, supprimé les cloisons, créé la transparence. Tout ce qu’il fallait enlever l’a été très tôt. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir, et j’ai là un cadeau fantastique. »

L’attrait pour les éléments préfabriqués – métal, bois -, qui permettent de réduire la durée d’un chantier et assurent la qualité des finitions, prime. Ainsi, dans la vallée de Chevreuse, la maison « passive » de l’architecte bulgare Milena Karanesheva, dont  » les panneaux de bois massif ont été montés en deux jours. Avec une isolation en laine de bois et ouate de cellulose, une ventilation VMC, et des baies plein sud, la pose d’un système de chauffage actif a été écartée ».

En Normandie, près de Granville, l’architecte Henri Gueydan devait répondre à une demande précise : construire dans un pré une maison de vacances de 170 m2 pour deux familles et 150 000 euros : « J’ai choisi un hangar amélioré en aluminium anodisé teinté, pour sa construction rapide, et imaginé une maison polyvalente qui s’ouvre comme un préau et se divise par un jeu de parois. L’été 2008, ils étaient quinze dans la maison. »

A Paris, rue Domrémy (13e arrondissement), Vladimir Doray, 33 ans, a monté sa « boîte noire » en ossature et bardage de bois sur des pilotis, sans démolir le rez-de-chaussée de l’ancienne bâtisse, créant ainsi un studio indépendant, qui sera loué.

Même approche pour Manuel Rupp Scotee, qui a transformé un atelier de cuir de 240 m2 en loft : la revente de 60 m2 a financé les travaux. « Le hêtre recyclé « lamellé-collé », très bon marché, habille l’espace, dont les éléments sont des cubes accueillant douches, penderies, chambres », précise-t-il. Faire appel à un architecte, c’est aussi trouver des solutions qui réduisent l’addition.

Source: Le Monde